Jean Sébastien Robicquet – Maison Villevert

Jean-Sebastien Robicquet - Maison Villevert - resoo

Jean Sébastien Robicquet, la personnification de la Spirits Valley à Cognac

Il y a ceux dont les parcours sont tout tracés et il y a ceux qui deviennent les géomètres de leur vie. Il y a ceux qui ont tout dès le départ et les autres qui partent de rien, ou plutôt «de deux tréteaux et d’une planche», sans savoir que l’histoire avec un grand H va les rattraper.  C’est le cas de Jean-Sébastien Robicquet, dont le nom de famille a longtemps résonné sur les terres cognaçaises, avant d’être oublié pour briller à nouveau.

Depuis 2001, à l’ombre de Cognac, Jean-Sébastien Robicquet s’est construit un petit empire de spiritueux et d’alcools haut-de-gamme distribués dans 40 pays, la Maison Villevert (60 millions d’euros de chiffre d’affaires, 80 salariés). Sa marque de fabrique : créer des spiritueux innovants et non-conventionnels. «Le conformisme tue», lâche sans détour celui qui a créé une vodka (Cîroc) puis un  gin (G’Vine) à base de raisin, une liqueur à base de fleurs de vigne (June), une tequila vieillie en fûts de Sauterne et de cognac (Excellia) ou encore un vermouth à base de Pineau des Charentes (La Quintinye Vermouth Royal). L’homme au look dandy chic ne veut pas s’arrêter là et se projette déjà en 2020 avec 100 millions d’euros de chiffre d’affaires et 100 salariés.

Cet ancien judoka n’est pas né en Charente même s’il a grandi non loin, à Bourg-sur-Gironde, territoire du nord-Gironde jouxtant le cognaçais. Ses parents, son père surtout, étaient impliqués dans la politique viticole européenne, mouvance Edgar Faure. Jean-Sébastien, qui a deux frères et une sœur, part faire ses études à Bordeaux : lycée privé Grand Lebrun puis DEUG de biologie, maîtrise d’œnologie et DESS en droit économique gestion de la filière vinicole.

Les contraintes et l’innovation

Il fait une première touche avec le monde du cognac en 1989 pour Hennessy, le H de LVMH. Il va y rester 10 ans : chef de produits vins, champagne et liqueurs à Singapour, responsable qualité, puis manager export et marketing à Cognac où il s’est définitivement installé en 1993. Un retour professionnel à Bordeaux lui ouvrira d’autres perspectives : il travaille deux ans avec le redoutable Bernard Magrez (William Pitters) où il s’occupe du développement export USA. «Mes expériences commerciales et marketing m’ont appris qu’on arrive à faire la différence en maîtrisant son territoire de jeu et en partageant sa passion avec force et conviction.» 

Le changement de siècle donne des ailes (et des idées) à Jean-Sébastien. Il crée sa start-up «Eurowinegate» destinée à proposer, sous une forme originale de distribution, des vins et des spiritueux français sur le marché américain. Mais 2001, c’est aussi la fin de la bulle Internet, de la catastrophe terroriste du 11 septembre… Les contraintes stimulent l’innovation et Jean-Sébastien accélère ses projets d’inventions : il expérimente des distillations de vins, des macérations et infusions puis commence à mettre au point une vodka de raisin.  A cette époque, le leader mondial des spiritueux, Diageo, a l’ambition de créer une nouvelle vodka française, premium et au goût unique. En 2003, naît Cîroc, une vodka élaborée à base de raisin français, élaborée pour Diageo. Sacré coup !

« Le luxe, c’est le temps »

Drôle de coïncidence dans cette trajectoire professionnelle qui va croiser la personnelle : en rachetant, en 2009, un manoir du XVIème siècle à Merpins, à 4 km au sud de Cognac, son futur siège social, Jean-Sébastien découvre par hasard qu’il avait été édifié par ses aïeux ! Ses ancêtres ont même fait partie des premiers négociants en cognac avant les Martell et Hennessy. Étonnante boucle, fruit d’inconscient et d’opportunité. «Je ne me sens pas héritier mais plutôt redevable d’un écosystème charentais extraordinaire et dépositaire d’un état d’esprit familial», analyse le quinquagénaire exigeant.

L’homme fonce avec délectation mais avec aussi un certain recul. Il a appris cette leçon de vie à ses dépens et dans son cœur le plus intime quand un de ses quatre enfants est décédé en 2003, à l’âge de 6 ans. «C’est un Saint qui veille sur nous», assure-t-il d’une voix posée. Cela fait relativiser dans un sens et donne beaucoup d’énergie dans un autre. C’est pourquoi tout ce que l’on vit est une lutte pour la survivance ».

Il sait mieux que tout autre que «le luxe, c’est le temps». Jusqu’à maintenant, il en avait juste assez à donner à des associations comme les Entrepreneurs Dirigeants Chrétiens, les NQT (Nos Quartiers ont du Talent) ou le Réseau Entreprendre. Pour la première fois, en janvier 2017, il s’est permis de s’octroyer du temps seul, du silence, du repos et de la lecture. Dix jours de retraite en Bretagne. «On repart dans un état de zénitude pour six mois ! J’ai déjà bloqué mes dates pour les cinq prochaines années » ! En attendant, Jean-Sébastien Robicquet bouillonne et se passionne pour « tout ce qui va se faire demain».

Jean Sébastien Robicquet
Maison Villevert
16100 Merpins
Tel. 05 45 35 32 00

LUI ECRIRE
L’ENTREPRISE
2017-05-19T16:25:15+00:00