Entomo Farm

«Un déménagement, c’est un vrai challenge»

[ R E P O R T A G E ]

Entomo Farm de Grégory Louis

Grégory Louis est à la tête d’Entomo farm, une start-up agtech qu’il a créée en 2014. A l’aube d’un fort développement, soutenu par une seconde levée de fond, le trentenaire doit déménager pour répondre aux exigences de sa croissance et à ses projets. Mais déménager une entreprise relève aussi de la stratégie et du challenge. Décryptage

L’année 2017 est SON année, avec petites nuits agitées, grandes questions et shoot d’adrénaline au moins une fois par jour. Grégory Louis le sait bien et ça le fait (encore) sourire !
Le fondateur d’Entomo farm, une jeune société qui produit des farines et des huiles d’insectes – si, si, vous avez bien lu !- est en plein développement : en à peine trois ans, elle est devenue le leader européen de matières premières issues de l’insecte, avec des produits haut-de-gamme et un cahier des charges très strict.
Problème des entreprises en croissance : Entomo Farm ne peut pas répondre comme elle le voudrait à la demande de ses clients : les délais de livraison vont de 2 à 3 mois quand ils devraient être d’1 à 1,5 mois maximum. «Chaque semaine, nous avons des commandes de plusieurs dizaines de tonnes que nous ne pouvons pas honorer», souffle Grégory Louis.
Deux pistes ont donc été envisagés avec son associé, Clément Soulier : chercher de plus grands locaux et trouver des financements pour le nouveau bâtiment et surtout, pour la stratégie de développement afférente.

L’idée est de quitter la pépinière d’entreprises, installée dans la grande zone industrielle de Blanquefort (33), soit 500 m² pour 15 salariés. Et de trouver des locaux mixtes – industriels et administratifs – plus grands, bien plus grands : plusieurs milliers de mètres carrés sont recherchés pour embaucher a minima 20 salariés supplémentaires d’ici deux ans et avoir la latitude de s’agrandir si besoin est.

L’objectif est évidemment aussi de produire plus : passer de 1,5 tonne/mois de produits issus d’insectes à 108 tonnes. Juste soixante-dix fois plus ! «C’est une étape importante pour nous, assure l’ex-gestionnaire de patrimoine. C’est comme l’enfant qui quitte la maison pour son premier appartement ! Mais repérer les bons locaux, ça a été notre première difficulté», se souvient le PDG : soit ils étaient trop petits, soit pas dans les délais soit on ne nous donnait pas de réponse».

Pourtant, les deux associés ont pris leur bâton de pèlerin. L’expérience de Grégory dans l’immobilier pour particuliers il y a une dizaine d’années, l’a aidé dans la méthode de recherche : «Quand on est agent immobilier, il faut mettre la main à la patte, quadriller le secteur qui nous intéresse, frapper aux portes, parler aux gens et utiliser son réseau. C’est ce qu’on a fait». Ils ont en effet sillonné les zones d’activité à commencer par Blanquefort, puis d’autres villes alentours, jusqu’à Cestas, au sud-ouest de la métropole bordelaise.

Sept mois à chercher. Pour trouver où finalement ? A Libourne, à près de 40 kilomètres du siège actuel.

– Le jeune patron vit dans cette ville mais ça n’a pas été le point déterminant : «J’ai d’abord été reçu par le maire et l’adjoint à l’urbanisme et, trois jours après, ils me faisaient visiter les différents sites pouvant correspondre à mon activité», souligne Grégory.

– Second point : les deux associés ont trouvé les locaux souhaités, un bâtiment de 4400 m² situé entre une ETI, CEVA Santé animale, et une autre start-up technologique sur le secteur de l’énergie renouvelable, Fermentalg. Il faut juste réhabiliter le bâtiment et le mettre aux normes Entomo Farm : réseau électrique, plomberie, séparation et, plus étonnant, marketing à l’image de l’entreprise à savoir espace de vie, de discussions, salle de remise en forme. Un peu de Sillicon Valley sur la Dordogne !

– Reste le troisième point, pas toujours évident : «On a pu discuter avec le propriétaire et lui expliquer que nous n’étions pas encore rentables et que chaque euro économisé était important pour nous, se rappelle Grégory. Il a décidé de nous accompagner en proposant un loyer réduit et aucun loyer pendant la durée des travaux».

– Demeure un aspect important – le quatrième point – auquel le jeune patron, pressé de toutes part sur 10 000 sujets au quotidien, n’avait pas pensé tout de suite : l’adhésion du personnel. «Pour moi, cette suite me paraissait logique comme il était logique que tout le monde comprenne. Mais en fait, on bouscule les habitudes de tout le monde», reconnaît le trentenaire. Il a donc fallu accompagner, rassurer les plus anxieux face à l’inconnu, expliquer, aider à trouver des agences immobilières sur place, des modes de garde pour les enfants. «Ça a été un vrai challenge car il a presque fallu leur vendre Libourne», sourit-il aujourd’hui. Résultat : 3/4 de l’équipe vont déménager à Libourne où, cerise sur le gâteau, l’immobilier demeure plus accessible que la métropole bordelaise !

Parallèlement, Entomo Farm lance une seconde levée de fonds. Une première a déjà été réalisée (de 1,2 million) en 2016. Cette fois-ci, le montant est plus imposant : 6 millions. «Avec des investisseurs pour nous faire profiter de leur expertise et nous aider à nous développer à l’export», s’enthousiasme Grégory Louis. Réponse en juin 2017. «Mais je dis souvent à des étudiants d’école de commerce que l’essentiel n’est pas la levée de fonds, insiste-t-il : l’essentiel est de devenir rentable».

En attendant, le déménagement est prévu en avril prochain. Les cartons ne sont pas encore tous prêts que Grégory Louis voit déjà plus loin, d’autres sites en France mais aussi à l’étranger, en Afrique et en Asie. «Libourne est la première marche qui va asseoir notre développement».

Gregory Louis - Entomo Farm - resoo
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2017-05-29T16:44:57+00:00